La cérémonie des adieux

Depuis sept ans de loin en loin, il m’appelle et me donne quelques nouvelles par message interposé. Je ne réponds jamais. Parfois la sonnerie se fait furtive, je compte un, deux, trois puis rien. Alors j’écoute ce silence comme un souffle et je me souviens.

Des dizaines de bougies autour du lit, du champagne que nous buvions à la bouteille, du foie gras que nous tartinions de nos doigts sur du pain frais. On riait tellement et tu parlais, tu parlais tant. Tu étais comme un ogre, un ogre des mots. Tu naviguais entre les mots, tu étais les mots, tu les vivais, tu les offrais dans des textes époustouflants. Auteur mais comédien de formation, tu savourais les mots dans ta bouche comme du bon vin et les servais en retour comme une offrande.

Tu me lisais tes textes à haute voix, je t’écoutais en silence et tu me regardais, de ce regard franc, sans concession, guettant chacun des mes mouvements de cils. Tu m’interrogeais, fiévreux à la fois d’humilité et de fierté. Je te disais ce que j’aimais, ce que j’estimais à parfaire.
Et je t’aimais.

Mon appartement était le théâtre où tu tenais -presque- le premier rôle. Tu arrivais dans ma vie, comme surgissant de coulisses, animé d’une flamme qui ne peut qu’entraîner l’autre, le faire danser, rire et s’émouvoir.
En quelques semaines, tu m’avais aimée et épousée de tes mots.
Auteur, tu partais en résidence d’écriture. Durant ces pauses nous parlions des heures au téléphone, nous chuchotions des mots, doux, sucrés, secrets.

Un jour tu n’es pas revenu de résidence.
Alors j’ai posé les mots dans un livre et je l’ai refermé.
Mon sourire s’est perdu dans mes pensées, j’ai cherché ce qui était bon pour moi. J’ai pleuré et j’ai choisi de ne plus t’aimer.

Mais tu es revenu avec dans tes mains, la boite de pandore : ton amour, tes mots, le théâtre de ta vie. Tu m’as prise dans tes bras, mon cœur était loin déjà. Tu voulais me retrouver, je voulais te dire adieu. Lorsque j’ai allumé les bougies de la chambre, je souriais à notre amour perdu. Nus dans la pénombre, nos corps furent électrisés l’un par l’autre comme jamais auparavant. Il y eut cette magie, cette grâce de l’instant, inoubliable.

Oui, de toi je me souviens et me souviendrai pour l’éternité.
En entendant ta voix, si proche au téléphone, j’ai pensé à l’homme qui est là, auprès de moi depuis sept ans.
Je l’aime tant.


taliea:

Romeo & Juliette

taliea:

Romeo & Juliette

(Source : dadsburgers, via petitscarabee)

J’avais oublié la musique de ma vie

J’avais 13 ans en 1977 quand le groupe Téléphone a débarqué dans ma vie.
Hygiaphone, ok c’était pas mal…
mais à l’époque j’écoutais en boucle des albums devenus ensuite cultissimes :
“Quadrophenia” des Who, “Selling England by the pound” du groupe Genesis (bien qu’aujourd’hui je ne supporte pas ce qu’est devenu musicalement Phil Collins…), “Dark side of the moon” des Pink Floyd, l’album blanc des Beatles, j’en passe et des meilleurs.
On avait du lourd à cette époque, du très lourd !
En passant je remercie mon frère de 7 ans mon ainé, grâce à qui j’écoutais -pour mon age- de la vraie musique. C’est lui qui m’a fait découvrir ces merveilles, parce que Plastic Bertrand c’était bien en colo mais ça ne suffisait pas à me rassasier.

Aujourd’hui je lis sur le Oueb que Christophe Maé est décoré Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres… ça me ferait pleurer si ce n’était pas si drôle…
Et je ne m’étendrais pas sur le culte permanent du bas de gamme de la part de certains médias, chacun sa quête du graal…

A 14 ans, je mettais du rouge à lèvres noir, j’étais très dark rebel tout en gardant des bases de petite fille modèle… étrange mélange.
Je fumais des cigarillos ou la pipe dans la rue, ma mère changeait de trottoir quand elle me rencontrait.
Je lisais Vian, Nabovov, Rimbaud, Verlaine. J’écrivais des poèmes sur le désespoir, l’amour, la peur de devenir adulte. Une vraie adolescence.

Quand “Crache ton venin” est sorti en 1979, c’était pour moi.
"La bombe humaine" je l’attendais !
J’ai fait tourner ce disque des milliers de fois, il disait mes rêves, mes combats et ma vie de jeune fille.
J’avais 15 ans, j’étais amoureuse, vivante et révoltée.
Je chantais du Callas sous ma douche, j’avais une belle voix, que j’ai définitivement abimée plus tard à force de la pousser trop loin, trop haut, n’importe comment.
Ce sera un de mes plus grands regrets de ma vie, la perte de ma voix, je n’en ferai jamais le deuil. Ne plus jamais pouvoir chanter.

Plus tard, plus loin, après une vie déjà bien remplie, j’ai 30 ans.
Un soir un ami m’invite à dîner chez lui, il a une surprise pour moi.
A mon arrivée, mon cœur bat la chamade, Jean-Louis Aubert se lève, me sourit, me claque deux bises.
Très stupid girl, je dis seulement : “Ah oui… d’accord… pffiou !” avant de m’assoir sur le canapé à côté du symbole vivant de mes 15 ans.
J’avais emmené mon fils à ce dîner, il avait 11 ans. Jean-Louis Aubert a beaucoup parlé avec lui, il avait lui aussi un jeune fils.
Nous étions 5, on parlait, on mangeait, on riait, c’était bien.
Jean-Louis Aubert était devenu pour 6 mois le colocataire de mon ami, je crois qu’il faisait un break. Peu importe le contexte.
J’ai beaucoup pensé à lui toutes ces années pour quelques raisons que je n’évoquerai pas là.

Et puis, à Noël, ma sœur m’a offert l’album collector de Jean-Louis Aubert, “Roc Éclair”, j’ai attendu aujourd’hui pour l’écouter.
Et il y avait ce morceau : “Maintenant je reviens”
Ce texte est superbe. Je me dis qu’aujourd’hui il s’est retrouvé et c’est bien. C’est vraiment bien. Et je le remercie du fond du cœur.

Alors il faudra bien qu’un jour, je revienne aussi, oui il le faudra.

Le plaisir…

Plaisir… depuis quelques temps ce mot se balance en moi comme un rêve engourdi. Dissimulé en strates de souvenirs légers, le plaisir se  cogne à ma vie par de fulgurances pensées. On est grand quand on a 46 ans… 

Et bien non, pas si grand, pas si adulte, pas si fort, pas si sérieux.

Je serai toujours cette fille de 14 ans qui riait fort dans le bus avec ses copains en lisant “La rubrique à brac” de Gotlib.
Je serai toujours la fille sagement scandaleuse qui dansait au Queen avec les anges et riant fort -encore- de sentir leurs mains, d’hommes Oh comme ils disent, sur mes seins.

N’en déplaise…

Je vomirai -sans doute- moins d’avoir trop bu.
Je ne succomberai plus -certes- aux charmes, des loosers patentés.
Un jour viendra où je me coucherai plus tôt, où je me lèverai moins tard…

Mais le plaisir de vivre, la folie de l’instant, cet état où tout bascule et où tout est possible… ça je le garde encore !

La cérémonie des adieux

Depuis sept ans de loin en loin, il m’appelle et me donne quelques nouvelles par message interposé. Je ne réponds jamais. Parfois la sonnerie se fait furtive, je compte un, deux, trois puis rien. Alors j’écoute ce silence comme un souffle et je me souviens.

Des dizaines de bougies autour du lit, du champagne que nous buvions à la bouteille, du foie gras que nous tartinions de nos doigts sur du pain frais. On riait tellement et tu parlais, tu parlais tant. Tu étais comme un ogre, un ogre des mots. Tu naviguais entre les mots, tu étais les mots, tu les vivais, tu les offrais dans des textes époustouflants. Auteur mais comédien de formation, tu savourais les mots dans ta bouche comme du bon vin et les servais en retour comme une offrande.

Tu me lisais tes textes à haute voix, je t’écoutais en silence et tu me regardais, de ce regard franc, sans concession, guettant chacun des mes mouvements de cils. Tu m’interrogeais, fiévreux à la fois d’humilité et de fierté. Je te disais ce que j’aimais, ce que j’estimais à parfaire.
Et je t’aimais.

Mon appartement était le théâtre où tu tenais -presque- le premier rôle. Tu arrivais dans ma vie, comme surgissant de coulisses, animé d’une flamme qui ne peut qu’entraîner l’autre, le faire danser, rire et s’émouvoir.
En quelques semaines, tu m’avais aimée et épousée de tes mots.
Auteur, tu partais en résidence d’écriture. Durant ces pauses nous parlions des heures au téléphone, nous chuchotions des mots, doux, sucrés, secrets.

Un jour tu n’es pas revenu de résidence.
Alors j’ai posé les mots dans un livre et je l’ai refermé.
Mon sourire s’est perdu dans mes pensées, j’ai cherché ce qui était bon pour moi. J’ai pleuré et j’ai choisi de ne plus t’aimer.

Mais tu es revenu avec dans tes mains, la boite de pandore : ton amour, tes mots, le théâtre de ta vie. Tu m’as prise dans tes bras, mon cœur était loin déjà. Tu voulais me retrouver, je voulais te dire adieu. Lorsque j’ai allumé les bougies de la chambre, je souriais à notre amour perdu. Nus dans la pénombre, nos corps furent électrisés l’un par l’autre comme jamais auparavant. Il y eut cette magie, cette grâce de l’instant, inoubliable.

Oui, de toi je me souviens et me souviendrai pour l’éternité.
En entendant ta voix, si proche au téléphone, j’ai pensé à l’homme qui est là, auprès de moi depuis sept ans.
Je l’aime tant.


taliea:

Romeo & Juliette

taliea:

Romeo & Juliette

(Source : dadsburgers, via petitscarabee)

J’avais oublié la musique de ma vie

J’avais 13 ans en 1977 quand le groupe Téléphone a débarqué dans ma vie.
Hygiaphone, ok c’était pas mal…
mais à l’époque j’écoutais en boucle des albums devenus ensuite cultissimes :
“Quadrophenia” des Who, “Selling England by the pound” du groupe Genesis (bien qu’aujourd’hui je ne supporte pas ce qu’est devenu musicalement Phil Collins…), “Dark side of the moon” des Pink Floyd, l’album blanc des Beatles, j’en passe et des meilleurs.
On avait du lourd à cette époque, du très lourd !
En passant je remercie mon frère de 7 ans mon ainé, grâce à qui j’écoutais -pour mon age- de la vraie musique. C’est lui qui m’a fait découvrir ces merveilles, parce que Plastic Bertrand c’était bien en colo mais ça ne suffisait pas à me rassasier.

Aujourd’hui je lis sur le Oueb que Christophe Maé est décoré Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres… ça me ferait pleurer si ce n’était pas si drôle…
Et je ne m’étendrais pas sur le culte permanent du bas de gamme de la part de certains médias, chacun sa quête du graal…

A 14 ans, je mettais du rouge à lèvres noir, j’étais très dark rebel tout en gardant des bases de petite fille modèle… étrange mélange.
Je fumais des cigarillos ou la pipe dans la rue, ma mère changeait de trottoir quand elle me rencontrait.
Je lisais Vian, Nabovov, Rimbaud, Verlaine. J’écrivais des poèmes sur le désespoir, l’amour, la peur de devenir adulte. Une vraie adolescence.

Quand “Crache ton venin” est sorti en 1979, c’était pour moi.
"La bombe humaine" je l’attendais !
J’ai fait tourner ce disque des milliers de fois, il disait mes rêves, mes combats et ma vie de jeune fille.
J’avais 15 ans, j’étais amoureuse, vivante et révoltée.
Je chantais du Callas sous ma douche, j’avais une belle voix, que j’ai définitivement abimée plus tard à force de la pousser trop loin, trop haut, n’importe comment.
Ce sera un de mes plus grands regrets de ma vie, la perte de ma voix, je n’en ferai jamais le deuil. Ne plus jamais pouvoir chanter.

Plus tard, plus loin, après une vie déjà bien remplie, j’ai 30 ans.
Un soir un ami m’invite à dîner chez lui, il a une surprise pour moi.
A mon arrivée, mon cœur bat la chamade, Jean-Louis Aubert se lève, me sourit, me claque deux bises.
Très stupid girl, je dis seulement : “Ah oui… d’accord… pffiou !” avant de m’assoir sur le canapé à côté du symbole vivant de mes 15 ans.
J’avais emmené mon fils à ce dîner, il avait 11 ans. Jean-Louis Aubert a beaucoup parlé avec lui, il avait lui aussi un jeune fils.
Nous étions 5, on parlait, on mangeait, on riait, c’était bien.
Jean-Louis Aubert était devenu pour 6 mois le colocataire de mon ami, je crois qu’il faisait un break. Peu importe le contexte.
J’ai beaucoup pensé à lui toutes ces années pour quelques raisons que je n’évoquerai pas là.

Et puis, à Noël, ma sœur m’a offert l’album collector de Jean-Louis Aubert, “Roc Éclair”, j’ai attendu aujourd’hui pour l’écouter.
Et il y avait ce morceau : “Maintenant je reviens”
Ce texte est superbe. Je me dis qu’aujourd’hui il s’est retrouvé et c’est bien. C’est vraiment bien. Et je le remercie du fond du cœur.

Alors il faudra bien qu’un jour, je revienne aussi, oui il le faudra.

Le plaisir…

Plaisir… depuis quelques temps ce mot se balance en moi comme un rêve engourdi. Dissimulé en strates de souvenirs légers, le plaisir se  cogne à ma vie par de fulgurances pensées. On est grand quand on a 46 ans… 

Et bien non, pas si grand, pas si adulte, pas si fort, pas si sérieux.

Je serai toujours cette fille de 14 ans qui riait fort dans le bus avec ses copains en lisant “La rubrique à brac” de Gotlib.
Je serai toujours la fille sagement scandaleuse qui dansait au Queen avec les anges et riant fort -encore- de sentir leurs mains, d’hommes Oh comme ils disent, sur mes seins.

N’en déplaise…

Je vomirai -sans doute- moins d’avoir trop bu.
Je ne succomberai plus -certes- aux charmes, des loosers patentés.
Un jour viendra où je me coucherai plus tôt, où je me lèverai moins tard…

Mais le plaisir de vivre, la folie de l’instant, cet état où tout bascule et où tout est possible… ça je le garde encore !

À propos:

On verra...

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